Texte paru dans EFE 24,  #1 Barrios_Quartiers (2010)

Dans la culture populaire, le quartier de banlieue [suburb] a sans cesse été caractérisé comme la matérialisation du mondain, du banal et du familier. Alors que l’idée de banlieue peut contenir souvent implicitement des connotations de familiarité ou de lassitude, ce type de quartier a été fondamental dans le développement de nouvelles stratégies du regard. Certaines caractéristiques préalablement inaperçues des banlieues ont été identifiées par des photographes utilisant le quotidien comme point de référence pour une visibilité rénovée de l’ordinaire et des expériences quotidiennes.

http://isabelle-hayeur.com/photos/nuit_americaine/index.html

L’invention du quotidien. Vol. 1, Arts de faire[1] de Michel de Certeau propose que les activités du quotidien, souvent caractérisées par un sens mondain de la répétition, possèdent un potentiel politique comme fondement de transformation culturelle et sociale. Les réminiscences de la pratique situationniste sous forme de dérive, les navigations inconscientes et les déambulations répétitives ont été fréquemment incorporées en photographie comme diverses manières d’approcher un sujet tel que la métropole urbaine.

À travers la combinaison de photographie documentaire et méthodologie ethnographique, les processus auto-réflexifs d’observation, de recherche et d’archivage peuvent devenir évidents dans une séquence d’images. Alors que ces stratégies semblent privilégier une manière objective de regarder et de voir, un simple point de vue peut révéler l’idiosyncrasie culturelle la plus subtile de notre environnement quotidien, pour élever -en permettant une réaffirmation de la multiplicité et de la pluralité des narrations communautaires- ce qui serait autrement passé inaperçu.

Des séquences d’images, d’uniformité périphérique et de prises soigneusement composées, peuvent ouvrir à une typologie de la vie moderne banlieusarde préalablement déconsidérée et inexplorée. L’espace de la photographie nous encourage à chercher telle ou telle différence à l’intérieur de réglementées et d’innombrables répétitions auxquelles nous faisons face. Ces répétitions répondent alternativement aux excentricités documentées, en nous permettant de reconfigurer le paysage suburbain. La documentation de la familiarité et de l’ignorance du quotidien engendre un changement dans la reconfiguration du paysage de banlieue, en nous forçant à reconsidérer notre relation avec un environnement. La photographie, dans sa représentation du quotidien comme sujet, peut agir en tant que signification collective de la communauté, à travers l’apport alternatif de ces manières de rapprochement à l’idée de quartier suburbain. Dans son habileté à attirer l’attention sur ce qui peut avoir été perçu comme une périphérie et non comme une conséquence, la photographie peut nous permettre d’ébaucher de nouveaux termes de compromis conscients avec les éléments les plus ordinaires de notre environnement quotidien.


[1] De Certeau, M.; Girard, L.; Mayol, P. The Practice of Everyday Life. University of California Press, 2002.